Flavia Coelho
Flavia Coelho
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Heure de passage: 22:40 / 23:40

Flavia Coelho

Flavia a parcouru tous les chemins du monde. Depuis les morros de Rio de Janeiro aux rues pavés de Paris. La nomade est chez elle là où elle se sent accueillie. Son refuge est un nid douillet, un cocon de papillons, une chrysalide faite studio. Celui de Victor-Attila Vagh, son producteur. Un sanctuaire parisien, à l’abri du temps qui passe et du bruit qui court.
Au commencement, rien qu’une guitare et toute une vie en bandoulière. Les amis, les amours, les rencontres, les déceptions, les bonheurs et les tractopelles d’espoirs et de rires. Ne pas attendre la beauté du monde. L’inventer soi-même. Abracadabra. Un nouvel album est né. Son troisième: SONHO REAL.

Qu’y a-t-il de plus beau qu’un mirage réel? L’artiste en sait quelque chose, chaque concert est un moment de magie, de communion entre les humains, un instant suspendu où les barrières s’effondrent et les coeurs s’accouplent. Puis les lumières s’éteignent et le fracas du monde reprend ses droits. Pourtant, tout cela a existé. C’est cette conviction que tout changement est encore possible qui pousse Flavia à se transcender par la musique, à offrir au monde ce qu’il recherche: l’harmonie. La musique est faite de cette alchimie. Elle est immatérielle, une vibration cosmique qui se déplace dans l’air : des touffeurs caniculaires aux brises glaciale, elle résonne sous toutes les latitudes. Ça, Flavia le sait aussi. Son chant a résonné des rades aux abris-bus, des cafés-concert aux plus grands festivals du monde. Abracadabra. Elle a trouvé sa baguette magique. Ne s’en sépare plus.

SONHO REAL, son troisième album est incandescent comme un coup de foudre, urgent comme une envie d’exister. Elle déploie son être et déplie son âme. Une impression de voyage nous saisit à chaque titre. Les mélodies sont solaires, toute en légèreté. Toujours dansantes. On y trouve des senteurs de forro et des parfums de ragga, la frénésie des rythmes ska et la nonchalance du dub reggae. Les 14 titres de l’album se succèdent, s’enchaînent, s’imbriquent, et finalement s’écoutent d’une traite, comme on boit un grand verre de lait frappé. Les nappes de cuivres, les guitares, les claviers, les percussions, les batteries, les basses et l’accordéon se fondent dans un tout d’une cohérence réfléchie, renforcée par le travail subtil du mix concocté par Victor-Atilla Vagh, qui réussit à faire briller les instruments d’un son à la fois moderne et vintage. Tout cela au service des choeurs et de la voix de Flavia: charnelle, joyeuse, parfois enfantine.

Et pourtant… Il y a quelque chose du saudade dans les textes de Flavia. Saudade, ce mot intraduisible. Ni tristesse, ni bonheur. Ce serait trop simple les cases, les tiroirs et les étiquettes. Flavia les a toujours déjoués, pulvérisés. Elle est une femme plurielle. Irriguée de tant de fleuves et de confluents qu’elle embrasse le monde. Elle est un doux mélange de tout ce qui la constitue. Et quand ce monde ne lui convient plus, Flavia en réinvente un. Dans son rêve réel (SONHO REAL), le Paradis (Paraisio) est peuplé de voix si proches et éloignées qu’elles l’envolent vers de lointaines galaxies où elle rencontre la Femme (Mulher), l’éternelle, l’intemporelle, la grande soeur (Leidi) celle qui affronte la vie et ses tempêtes, une femme à laquelle on voudrait ressembler, celle qui avance un pas par jour, un pas tous les jours. Dans son rêve réel (SONHO REAL), la Favela (Na Favela) est aussi un lieu de bonheurs simples où quantité d’histoires naissent dans les petites ruelles, parfois s’arrosent de bière, se règlent en quatre-vingt-dix minutes, le temps d’un match de football autour d’un barbecue, et où les diseuses de bonne aventure promettent une vie pure (Pura Vida), loin des carcans et du train-train quotidien. Dans son rêve réel (SONHO REAL), Flavia transforme les pertes, les souffrances et les échecs en forces, les recycle (Nada Perdi) pour en faire une énergie d’avenir, elle exhorte à se réveiller (Se Ligue) pour éviter de s’endormir sur nos privilèges, nos conforts et nos certitudes.

Flavia a l’élégance de clôturer son album par une première fois, comme pour nous laisser entrevoir de nouveaux horizons: elle chante en français (Temontou, comprendre « tu es mon tout »). Les inflexions de son accent brésilien nous fondent à l’oreille comme le sucre en bouche. « L’air que je respire est plus doux quand tu es dedans », dit-elle. On s’imaginerait presque que ce « Tu » anonyme est une adresse cachée à La musique. Son grand amour !

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